Vie Fédérale

10.10.2008

Fête de la Rose 2008: le discours du premier fédéral


C'est toujours un grand plaisir de nous retrouver aussi nombreux lors des rentrées automnales. Vous me permettez dans un premier temps de remercier chaleureusement tous les militants qui ont accompagné le personnel de la fédération et Jérôme Arbez pour vous accueillir au mieux.

Merci également à tous nos partenaires, à l'équipe du Triangle qui nous accueille, merci aussi bien évidemment à tous les intervenants des tables rondes.
 

Pour la deuxième année consécutive, nous nous retrouvons en effet au Triangle, un espace que les socialistes, ceux de la section Rennes Sud-Est bien sûr, mais aussi tous les militants de ce département, ont l'habitude de fréquenter à l'occasion de nombre de nos conventions et autres réunions qui ont lieu ici. Constatons qu'il y a bien pire endroit que le Blosne pour les militants socialistes, citons les scores de la liste conduite par Daniel Delaveau, le nouveau Maire de Rennes que je salue,  en mars dernier : 56,50% au premier tour, 69,90% au deuxième tour.

En cette rentrée je souhaite évoquer avec vous la situation politique des socialistes en Ille-et-Vilaine, la situation de nos concitoyens et bien évidemment notre Congrès qui va engager, je l'espère, les socialistes et la gauche vers la reconquête sur le plan national.

L'année écoulée a été positive pour la gauche en Ille-et-Vilaine. Dans la foulée d'une belle campagne présidentielle ponctuée par une forte adhésion : rappelons-en les résultats - 52,5% dans le département, 63% à Rennes, 69% ici au Blosne et après les succès qui en ont très directement découlés aux législatives - je salue au passage nos 4 députés présents P Tourtelier, JR Marsac, M Rogemont et R Lefrançois, la mobilisation et l'adhésion à notre action et à nos propositions se sont renouvelées en 2008. La majorité de gauche du Conseil Général, sous l'impulsion de son président Jean-Louis Tourenne, est sortie confortée et renforcée à l'occasion du scrutin de mars dernier. Lors des municipales, le témoin a été magnifiquement passé ici à Rennes, merci Daniel, merci Edmond, merci à tous les militants rennais. Il l'a été aussi à Liffré et à Fougères et nous avons eu la grande satisfaction de voir Betton et Bruz tomber à gauche, il s'en est fallu d'un rien pour que St Grégoire ne complète un tableau général qui a confirmé notre ancrage. Bravo à P.Caffin et M.Bihan et à leurs équipes. Plus largement, 58 maires, 152 adjoints, plus de 300 conseillers municipaux, c'est, chers amis, le témoignage de nos succès et de notre ancrage dans ce département. Tous ces résultats ne sont pas dus au hasard, mais au travail constant des militants, élus ou non, renforcés par les campagnes d'adhésion de 2006 et de 2007. Systématiquement nous gagnons quand nous savons rassembler autour des valeurs de gauche, non seulement la gauche politique à travers ses partis et ses différents mouvements, mais aussi la gauche engagée dans notre société, dans le mouvement associatif par exemple. Oui nous gagnons et nous sommes plus forts quand nous adoptons des stratégies de larges rassemblements et d'ouvertures sur toutes les formes de militantisme. C'est ce parti socialiste-là, ferme sur ses principes et ses valeurs, ouvert sur le mouvement social, assumant ses responsabilités lorsqu'il est en situation de gérer, qui emporte l'adhésion, sa crédibilité n'étant pas entamée ici par les petits jeux destructeurs du type « je t'aime moi non plus », quand ce n'est pas je dis blanc, car tu as dit noir devant un autre média que celui devant lequel je m'exprime. Ici les premiers adversaires du Parti Socialiste ou de ses représentants ne sont pas à l'intérieur du Parti Socialiste. Ici nous respectons le vote des militants, nous nous respectons donc nous-mêmes et nos concitoyens nous en savent gré. Vous ne m'en voudrez pas, c'est l'actualité, de féliciter nos trois nouveaux sénateurs Edmond Hervé, Virginie Klès et Jacky Le Menn et leurs colistiers Anne Patault, Alain Yvergniaux et Annie Pivette,  car leur victoire symbolise tout ce que je viens d'évoquer. Un travail militant constant depuis les années 70 et les premières conquêtes d'alors, un projet travaillé et basé sur des valeurs claires de justice sociale et territoriale, une campagne dense et respectueuse des grands électeurs, des candidats de grande qualité, représentatifs de nos territoires et de nos différentes collectivités. Oui finalement, est-ce si étonnant qu'au final nous constations ce résultat historique : nous attendions notre premier sénateur socialiste sous la Vème République et c'est un trio qui a passé ses premières heures au Sénat cette semaine. Bravo et merci à eux 6. Bravo et merci à tous les militants socialistes qui ont permis cela en les désignant très largement fin mai dernier.

Ces succès nous devons nous en satisfaire bien évidemment, mais nous devons les faire fructifier au bénéfice de nos concitoyens. Oui, à chaque fois que le Parti Socialiste progresse, notre responsabilité augmente pour préparer nos territoires aux défis d'aujourd'hui et de demain.

Ces défis sont d'une ampleur particulière depuis quelques mois. Nous sommes rentrés vous le savez en récession économique. La France paiera un plus lourd tribut que bien d'autres à cette crise car Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'ont aucune marge de manœuvre, pénalisés qu'ils sont d'avoir octroyé par exemple 15Mds de cadeaux fiscaux en début de législature. Je n'ai pas l'impression que cette crise financière disqualifie le modèle de société que nous portons, bien au contraire.  Nous avons durant le XXème siècle inventé des mécanismes de régulation du capitalisme de l'économie réelle, car nous savons bien que le marché est myope et qu'il est incapable de garantir les égalités sociale ou encore territoriale. Nous avons donné à la puissance publique un rôle de contrôle et parfois même un rôle d'intervention dans les domaines considérés comme essentiels à la bonne marche de nos sociétés : l'éducation, la santé, la justice par exemple. Aujourd'hui face à l'implosion du modèle américain de l'ère Bush, il faut aux socialistes trouver les mécanismes de régulation du capitalisme financier. Sur ce sujet comme sur d'autre, il importe d'agir à l'échelle planétaire et donc de continuer à construire une Europe politique et économique forte. Nous constatons depuis des années la déconnexion croissante entre la spéculation financière et la production des richesses. Nous nous lamentons à juste titre du déséquilibre capital/travail qui en résulte. Pire nous constatons aujourd'hui que les libéraux de tout poil n'ont aucune pudeur, après avoir privatisé toujours plus les profits, à réclamer aujourd'hui sans vergogne la mutualisation des pertes.

Non décidemment ce cycle économique n'est pas vertueux, car ce ne sont pas les responsables qui vont payer, ce sont  bien les particuliers, notamment les citoyens européens, qui vont le faire, directement ou indirectement avec des conséquences immédiates sur la vie quotidienne et une incapacité à investir pour son propre avenir. 

Merci donc aux Américains de s'être endettés massivement pour stimuler leur propre croissance, en mobilisant l'épargne du reste du monde. Tout a été bon pour développer le crédit chez eux : crédits hypothécaires dans l'immobilier - il suffit alors que l'immobilier baisse pour que l'hypothèque, votre maison par exemple, ne suffise pas pour honorer vos dettes, et vous rendez vos clefs ; crédits subprimés, c'est à dire ni plus ni moins que crédits sans plancher de ressources, ces crédits sont ensuite vendus en titre à des investisseurs, qui généralement répartissent les risques dans toutes les régions du monde, mais là tous les états américains sont touchés, toute la planète financière est touchée. Vous le voyez des mécanismes fous qui ont profité du laisser faire, du manque de contrôle, jusqu'à l'irresponsabilité des agences de notation, qui ont provoqué et facilité l'achat des titres issus des subprimes  par les fonds de pension, les caisses de retraites, les compagnies d'assurance-vie et autres investisseurs. Toute la mécanique est touchée, c'est pourquoi la fin de la crise n'est pas pour demain matin, car la mobilisation des ressources est nécessaire à la croissance, c'est l'un des rares invariants en matière économique. Or qui va mobiliser ces ressources à l'heure où les banques vont devoir reconstituer leur capital et donc autoriser beaucoup moins de crédit. C'est bien toute l'économie réelle qui va être touchée par cette incapacité à mobiliser les liquidités.

Oui merci à Georges Bush et aux ultra libéraux qui inspirent Monsieur Sarkozy et ses amis de nous avoir conduit à cette situation. Georges Bush va partir dans quelques semaines, on ne le regrettera pas, les américains non plus d'ailleurs, lui qui a failli sur le plan économique comme sur le plan international. Reprenons le constat de J.Julliard il y a quelques semaines dans le Nouvel Observateur : enlisement en Irak, piétinement en Afghanistan, impuissance en Georgie. Partout où ils sont passées les américains ont littéralement donné le pouvoir à leurs adversaires : aux chiites en Irak, aux talibans et à Al-Qaida en Afganhistan, à Poutine dans le Caucase. Oui, vraiment, bonne retraite monsieur Bush ! Nous souhaitons après votre passage le renouveau pour les USA, avec Barack Obamah par exemple. Ce sera meilleur pour les Etats Unis et aussi une bonne nouvelle pour le monde.

Alors oui dans ce contexte j'ai le sentiment que notre responsabilité est bien,  fidèle en cela à nos valeurs, de proposer un projet de société crédible répondant aux défis climatique, social et économique.

Quelques mots pour finir sur notre Parti, plus que sur notre Congrès, car le plus important, c'est ce qui se passera au lendemain de notre congrès, dans notre capacité à répondre aux attentes des français, dans notre capacité à incarner l'alternance.

Oui C'est l'utilité même du Parti socialiste, dans sa forme actuelle, que la succession des échecs présidentiels oblige à affronter. Notre formation politique créée il y a plus d'un siècle, forte d'une histoire riche, de milliers d'élus locaux et pivot indispensable d'une alternance politique, par manque de courage de se transformer,  encourt le risque d'être durablement réduite à analyser les causes de ses défaites électorales nationales successives. Rappelons que depuis 1962, seul François Mittérand a gagné sur les 9 élections présidentielles qui se sont succédées.

Réincarner l'esprit de réforme dans la société implique d'abord de se l'appliquer à soi-même.  Tant que n'aura pas été tranchée la question de l'adaptation même  du Parti socialiste à la Ve République présidentielle, nous ne gagnerons pas quelque soit notre projet, quel que soit notre candidat ou notre candidate, car notre Parti souffre d'un travers qui le rend inapte à agir dans un système politique fondé sur le présidentialisme.

Nous devons donc repenser le rôle de notre parti et adapter son fonctionnement à cette réalité et cesser cette dérive mortifère qui laisse les courants paralyser la réflexion collective, anéantir la discipline après les décisions collectives quand il y en a. Ils ne constituent plus aujourd'hui que des rentes de situation pour certains, notamment ceux qui ne franchissent pas le cap du scrutin uninominal et qui passent leur temps, de défaites e défaites, à donner des leçons aux militants.

Deux solutions sont possibles. Refusant de se soumettre à la logique présidentialiste, nous adaptons notre tradition parlementaire à l'élection présidentielle. Nous nous organions pour faciliter l'émergence d'un chef en mettant fin à la représentation  proportionnelle en interne au bénéfice d'un mode majoritaire pour désigner la direction. Nous cherchons à élargir le plus possible notre assise à gauche en intégrant des sensibilités écologistes, altermondialistes, à la gauche de la gauche, et travaillons à élaborer un véritable projet de gouvernement, ambitionnant de devenir le parti de toute la gauche. Dans ce cas, notre premier secrétaire est nécessairement le futur candidat à l'élection présidentielle de la même manière que le chef du parti est le Premier ministre en cas de victoire dans nombre de partis de gauche européens. Plus cohérent, plus efficace et plus rassembleur, notre Parti peut postuler avec des chances de succès à l'élection présidentielle. Reste à savoir si nous saurons dépasser la contradiction qu'implique alors notre élargissement nécessaire et la mise en place d'une discipline interne plus forte.

Soit, au contraire, intégrant pleinement la logique de l'élection présidentielle, nous nous redéfinissons à partir de cette élection. Nous confions, avec d'autres formations, à des élections  primaires à l'italienne, c'est-à-dire rassemblant les électeurs d'une coalition de partis, le soin de désigner le candidat à l'élection présidentielle. N'ayant plus à l'investir lui-même, ni à arrêter son programme définitif dont la finalisation dépendra des arbitrages de la coalition, le Parti socialiste se redéfinit à partir de fonctions nouvelles : il se dote d'outils pour s'ancrer davantage dans la société à partir d'une  force militante renouvelée (il organise ses relais dans le monde économique et les services publics ; il se réapproprie la coordination de ses élus locaux ; il développe des liens avec les acteurs associatifs...) ; il travaille à penser les évolutions de la société à moyen terme en créant un outil de réflexion ambitieux ; il développe des services pour ses militants et sa base sociale (assurances, mutuelles...), il pourrait même aller jusqu'à constituer un fonds de placement social lui permettant de prendre des participations financières minoritaires pour contribuer à des objectifs précis (pluralisme dans les médias, émergence de nouvelles formes économiques...). À côté de ces missions nouvelles, il continue bien sûr à définir les orientations et investir les candidats pour les élections locales et législatives. Reprécisant aussi en profondeur son rôle et ses moyens d'actions, le Parti socialiste peut donner des motivations nouvelles à l'action militante et devenir durablement le pôle qui tirera  l'ensemble de la gauche vers les succès.

Il me semble que notre congrès, qui arrive bien tard après l'élection présidentielle, aurait du trancher entre ces 2 solutions. Je veux dire ici devant Vincent et devant vous mon inquiétude sur les conséquences de ne pas affronter cette question de front. Quelles garanties avons nous pour que le Parti, au niveau national,  sorte de la logique de cartellisation induite par la représentation proportionnelle en interne de ses courants. Ceux-ci ne représentent pas aujourd'hui des clivages idéologiques. Nous voyons sur ce plan des rassemblements hétéroclites se faire sur des motions.  Ils n'incarnent pas plus des écuries présidentielles puisque certaines motions accueillent plusieurs candidats et candidates déclarés. Ces 2 derniers constats nous garantissant d'ailleurs des lendemains de congrès compliqués. Aujourd'hui les courants ne servent, telles des agences d'intérim, qu'à placer les responsables aux différents niveaux de pouvoirs internes. Comme le système de représentation est basé sur la cooptation généralisée de haut jusqu'en bas, je peux prendre le pari devant vous que 90% de l'actuel bureau national sera reconduit après le congrès de Reims.

Une mécanique de congrès devrait permettre de fédérer autour d'un projet commun, elle ne sert qu'à répartir les places des différents réseaux et leur capacité à contrôler et à fragiliser celui ou celle qui pourrait prendre de l'avance à la course pour l'investiture. Je crains fortement, que dans ces conditions, la crise d'autorité et le manque de discipline qui handicapent notre Parti ne perdurent, tout particulièrement dans le contexte où aucune motion n'aura la majorité après le vote des militants. Nous sommes donc soumis à une synthèse, plus ou moins pertinente sur le fond - on espère le plus grand commun multiplicateur quand nous constatons souvent le plus petit commun dénominateur -, une synthèse qui ne garantit en rien le bon fonctionnement de notre parti et la discipline de ses dirigeants à l'issue du congrès. En attendant, nous n'allons pas au bout de notre réflexion sur des sujets cruciaux, notre projet est donc inabouti. Nous prenons le risque d'arriver une nouvelle fois mal préparés à l'échéance présidentielle. Espérons que ces travers où les prétendus enjeux de projet cachent les ambitions personnelles  ne pénètrent jamais notre fonctionnement ici. J'y veillerais personnellement avec tous les militants. Je compte sur vous Jean-Louis, Daniel, nos parlementaires pour que nous continuions à développer notre intelligence collective pour le bien de notre Parti dans son ensemble et non pas pour celui de tel ou tel.

 

Nous allons accueillir à cette tribune Vincent Peillon. Je le remercie bien évidemment d'avoir accepté de présider notre fête tout particulièrement dans les conditions que l'on sait. Ces conditions ne nous font pas bouder notre plaisir. Je veux lui dire notre satisfaction de voir s'exprimer un responsable dont le parcours militant fait honneur à notre parti, un responsable qui contribue constamment aux débats d'idée, un responsable dont je ne saurais trop vous conseiller le dernier ouvrage qu'il a publié « La Révolution française n'est pas terminée ». Vous y trouverez une tentative de dégager les fondements philosophiques, historiques et politiques de ce que pourrait être le socialisme du XXIème siècle. Il a par ailleurs créer en 2007 la fondation Edgar Quinet qui a travaillé depuis sa création sur les inégalités et la justice sociale, ainsi que sur la laïcité en 2008. Notre parti a besoin d'hommes de conviction et de talent comme Vincent Peillon. Nous serions bien inspirés de les utiliser à leur juste valeur. Pour moi, Vincent fait partie de la courte liste de la nouvelle génération à qui nous pouvons confier la direction du Parti Socialiste. J'en suis convaincu, vous verrez et reverrez souvent Vincent Peillon, ici et ailleurs.

Cher Vincent, je te laisse donc la place à cette tribune, te renouvelant nos remerciements, en appelant militants et sympathisants de ce département à se démultiplier d'ici l'an prochain pour contrer la politique ultra libéral de Sarkozy, à contribuer à la réussite des collectivités territoriales que nous dirigeons, et à participer à l'avenir du Parti Socialiste et de la gauche.

 

Merci.